Quand un flash touristique m'a propulsé en Une

Quand un flash touristique m'a propulsé en Une

Un flash de smartphone, une confusion fatale avec une pluie de miettes. J'ai fini par être la vedette inattendue d'un journal touristique genevois.

La patrouille habituelle

C'était un après-midi typique sur le quai des Bergues. Le soleil jouait à cache-cache avec les nuages genevois. Le Jet d'eau crachait son panache habituel, imperturbable. J'étais en patrouille, l'œil vif, comme toujours. Ma mission : repérer toute opportunité de ravitaillement. Des miettes de pain, idéalement. Un morceau de croissant égaré. Les touristes étaient nombreux. Leurs sacs regorgeaient souvent de promesses. Le vent soufflait doucement, apportant parfois une odeur de boulangerie. Un signe encourageant.

L'éclat trompeur

Soudain, un éclat lumineux. Vif. Blanc. Presque aveuglant. Il venait d'un groupe de promeneurs près du Pont des Bergues. Mon instinct a pris le dessus. Un éclair, c'est souvent le signe. Le signe d'une miette lancée. Ou d'un morceau de baguette fraîche. Je n'ai pas hésité. Je me suis élancé. Un sprint aquatique digne des plus grands chasses. Mes pattes battaient l'eau avec vigueur. Je fonçais droit sur la source lumineuse. J'ai plongé, la tête sous la surface, prêt à saisir le festin. Rien. Absolument rien. Juste l'écho du flash. C'était un appareil photo de smartphone. Pas de miettes. Juste de la lumière. Une déception amère. J'ai refait surface, bredouille. Le touriste riait. Ses amis aussi. Ces humains sont étranges. Pendant ce temps, les cygnes, ces grands échalas prétentieux, n'avaient rien vu. Tant mieux pour eux. Mais ces pigeons, ces parasites ambulants sans cervelle, eux, avaient dû assister à la scène. Leur regard vide ne trahissait rien. Mais je savais qu'ils jugeaient.

La célébrité involontaire

Quelques jours plus tard, la surprise fut totale. Une feuille de papier traînait près d'un banc. Un journal touristique local, plié. Je me suis approché avec prudence. Sur la page de couverture, ma propre image. Ma tête, la bouche ouverte, l'air affamé. Mon corps en plein élan aquatique. Le titre disait quelque chose du genre : "La faune gourmande du Léman : un canard star de Genève". J'étais la vedette. Sans le vouloir. Sans le savoir. C'était ridicule. Une humiliation publique. Mais factuelle. Mon erreur avait été immortalisée.

Leçon apprise

Maintenant, je suis plus que prudent. Un flash n'est pas une miette. C'est une leçon apprise à mes dépens. Le lac Léman reste mon territoire. Le pain, ma quête principale. Mais la méfiance est de mise. Surtout avec les humains et leurs drôles d'engins lumineux. La prochaine fois, je vérifierai l'odeur avant de me jeter à l'eau.